3.74 AVERAGE

adventurous challenging informative inspiring mysterious tense fast-paced
Plot or Character Driven: A mix
Strong character development: Yes
Loveable characters: Yes
Diverse cast of characters: Yes
Flaws of characters a main focus: Yes
reflective tense fast-paced
Plot or Character Driven: Plot
Strong character development: Yes
Loveable characters: Complicated
Diverse cast of characters: Yes

La suite des [b:Les falsificateurs|3993078|Les falsificateurs|Antoine Bello|https://i.gr-assets.com/images/S/compressed.photo.goodreads.com/books/1367502272l/3993078._SY75_.jpg|1914418]...

Sans l'effet découverte du premier tome, j'ai trouvé ce livre peu passionnant: comme dans le premier, l'écriture est assez plate, ce qui me crispe mais peut être compensé par le contenu du livre - dommage, le contenu est moins novateur que le précédent. Ça tourne souvent à la leçon d'histoire, et ce n'est pas ce que j'attends d'un tel livre. De plus, comme dans le premier, à vouloir donner une leçon d'humanisme, l'auteur, à mon sens, met en avant les différences entre les peuples et les religions, et du coup les magnifie, les caricature, et ça, ça me crispe pas mal aussi...

Quelques longueurs narratives, mais dans l'ensemble très bon !
On est pris dans le récit et dans les dilemmes moraux du protagoniste, avec en prime quelques scènes que l'on imagine parfaitement au cinéma.

Ce second roman mettant en scène Sliv Darthunguver, s'il partage le décor du Consortium de Falsification du Réel, diffère du premier, [b:Les falsificateurs], par bien des aspects.
D'abord, la période historique : ce roman se situe dans l'intervalle de temps qui sépare les attentats du 11 septembre 2001 du début de la guerre d'Irak (le 20 mars 2003 d'après la wikipedia).
Ensuite par la ligne principale de sécnario, qui n'est plus la découverte d'une société secrète contemporaine (ce qui était un très intelligent jeu de faux-semblants), mais l'utilisation de cette société secrète fictive comme une espèce de prise dans l'irréalité d'une situation que l'auteur a sciement choisi d'étudier par le biais de personnages romanesques, là où la qualité de sa documentation me permet d'imaginer que l'auteur aurait éventuellement pu se permettre d'envisager l'écriture d'un essai (pour paraphraser le magnifique Raoul Abdaloff, ca l'aurait placé dans la lignée d'un [a:Orwell|3706|George Orwell|http://photo.goodreads.com/authors/1175614486p2/3706.jpg] dans son [b:Hommage à la Catalogne] - que je n'ai évidement pas lu).
Enfin par la conclusion, qu nous montre un Sliv plutôt carréiriste, là où je l'imaginais trop plongé dans son monde de scénariste pour se préoccuper de jeux de pouvoirs ... D'un autre côté, ça n'est qu'une hypothèse, puisqu'il semble également assez joueur. Et évidement, découvrir la finalité de la société occulte qui l'emploie me semble un assez bon jeu.
D'ailleurs, en parlant de jeu, beaucoup de choses très sérieuses sont prises comme un jeu, ce que je ne peux pas vraiment critiquer. Je citerai par exemple le travail sur l'indépendance du Timor Oriental, durant laquelle Sliv fait du scénarisme sans filet ... d'une façon proprement jubilatoire pour le lecteur, évidement. Je citerai également ses différentes actions de politique interne (notamment l'enquête sur la taupe dont le résultat se révélera curieux). Je citerai enfin la manière dont il utilise son collègue Harvey pour mieux comprendre (et mieux nous faire comprendre, car comme nombre de récits de SF, celui-ci cherche à nous expliquer le monde qu'ils décrit).
Un seul aspect de ce roman me désole un peu : utiliser toute la puissance du CFR (dont on pourrait sans problème faire au minimum un décor de campagne de jeu de rôle, et au mieux le point de départ d'une collection de "parafiction") "juste" pour permettre à l'auteur d’évacuer le traumatisme d'une période certes difficile, mais cependant parfaitement typique du début du XXIème siècle, comme le roman l'explique d'ailleurs de façon assez détaillée. Bon, je fais la fine gueule parce que dès le début des mensonges de l'état américain, je (oui, moi, le lecteur) sentais bien la manipulation grossière, et je sentais également que cette manipulation, pour grossière qu'elle fût, n'en marcherait pas moins, appuyée par la force d'un état pas trop démocratique. Evidement, le parcours de l'auteur, très différent, a du le faire tomber de bien plus haut que moi. Alors pour lui, utiliser ses conspirateurs de papier pour nous éclairer sur cette vérité trop ignoble était une opération aussi tentante que légitime.
Cela dit, la mécanique de ce complot est parfaitement démontée par un auteur qui prend peut-être même un certain plaisir à détailler toutes les (fausses) manœuvres envisagées. Naturellement, séparer celles imaginées dans le cadre du roman (le fameux transfuge de Sliv) des authentiques barbouzeries serait en soi un jeu particulièrement subtil, mais je n'en ai pas vraiment le courage.
Et puis, il y a un autre jeu, beaucoup, mais alors, beaucoup plus subtil à tenter de résoudre : celui des relations entre Sliv et Lena. En effet, le roman ne se termine pas sur de grandes considérations sur l'état présent ou futur du monde, mais précisément sur des réflexions de Sliv concernant ses relations avec Lena ... Alors quoi ? Alors peut-être que tous les éléments sur les relations entre Sliv et Lena ne sont que mensonges, et que la haine entre ces deux personnages décrite dans ce diptyque n'a pas toujours ... ou même toujours pas ... été de la haine. Ce qui nous laisse un mystère bien plus entêtant à résoudre que celui du jeu atroce des sept erreurs entre la réalité et le mensonge aussi moche que l'auteur nous sert ...
Un mystère à la saveur suffisante pour faire de cette lecture - malgré un contexte historique franchement peu reluisant - un sacré puzzle intellectuel, de ceux qui me plaisent bien.