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vincentriquier 's review for:
Le Loup des steppes
by Hermann Hesse
« Lorsque vous écoutez la radio, vous entendez l'écho du combat primitif entre l'idée et son apparence ; entre l'éternité et la temporalité; entre le divin et l'humain. La radio peut déverser la musique la plus sublime au hasard, durant dix minutes, dans les endroits les plus improbables: dans des salons bourgeois et dans des mansardes, parmi des abonnés en train de papoter, de manger, de brailler ou de dormir. Elle dérobe à la musique toute sa beauté sensuelle en la parasitant par ses grésillements et ses crachotements ; cependant, elle ne parvient pas à détruire totalement son âme. Eh bien, il se produit la même chose dans l'existence, ou ce qu'on appelle la réalité. Celle-ci dilapide le splendide jeu d'images offert par le monde; elle permet que la retransmission d'un concert de Haendel soit suivie d'un exposé sur les techniques de falsification de comptabilité dans les entreprises industrielles de taille moyenne; elle transforme les merveilleuses sonorités d'un orchestre en une bouillie sonore peu appétissante; glisse sans cesse sa technique, son activité effrénée, sa pauvre indigence et sa vanité entre l'absolu et la réalité, entre l'orchestre et l'oreille. L'existence entière est ainsi, mon petit. Nous n'avons pas d'autre choix que de l'accepter en tant que telle, mais nous pouvons en rire si nous ne sommes pas des ânes. Il n'appartient pas aux personnes de votre espèce de critiquer la radio ou la vie. Apprenez d'abord à écouter ! Apprenez d'abord à prendre au sérieux ce qui en vaut la peine et à rire du reste ! » (p.306)
Écrit en 1927, ce livre d’Herman Hesse nous embarque dans la tête d’un homme désillusionné vivant dans un monde coupé de presque tout plaisir et émotions. Le protagoniste se restreint des choses qu’il juge superflues et fausses comme la musique moderne, la danse et autres plaisirs de son époque pour privilégier ce qu’il pense être vraiment et divin comme Mozart ou la philosophie de Goethe. Sa vision du monde chavire lorsqu’il rencontre Hermine, une femme qui lui apprend les plaisirs de la sexualité et de la danse.
Comme toujours, Hesse m’a épaté avec une écriture soignée et subtile. Il arrive à traiter de sujets délicats ou écrire des scènes explicites tout en ne parvenant pas à faire grincer les dents du lecteur avec des phrases malhabiles. Comme dans les deux autres oeuvres de l’auteur que j’ai lu jusqu’à présent (Siddharta et Le jeu des perles de verre), on perçoit l’aspect autobiographique du livre grâce à des thèmes récurrents comme la recherche du sens de la vie ou la philosophie orientale, par exemple. Malgré qu’il date de près d’un siècle, les angoisses du protagoniste m’ont rejoins à un moment de ma vie où j’en avait besoin. Sentant la préparation d’une nouvelle guerre (11 ans avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale!), l’auteur aborde le sentiment de culpabilité face à la montée rapide des armes et la déshumanisation de notre existence. Je pense que les propos que Mozart adresse au Loup des steppes dans son voyage au théâtre à la fin du roman permettent de clore bien adéquatement le sujet.
Écrit en 1927, ce livre d’Herman Hesse nous embarque dans la tête d’un homme désillusionné vivant dans un monde coupé de presque tout plaisir et émotions. Le protagoniste se restreint des choses qu’il juge superflues et fausses comme la musique moderne, la danse et autres plaisirs de son époque pour privilégier ce qu’il pense être vraiment et divin comme Mozart ou la philosophie de Goethe. Sa vision du monde chavire lorsqu’il rencontre Hermine, une femme qui lui apprend les plaisirs de la sexualité et de la danse.
Comme toujours, Hesse m’a épaté avec une écriture soignée et subtile. Il arrive à traiter de sujets délicats ou écrire des scènes explicites tout en ne parvenant pas à faire grincer les dents du lecteur avec des phrases malhabiles. Comme dans les deux autres oeuvres de l’auteur que j’ai lu jusqu’à présent (Siddharta et Le jeu des perles de verre), on perçoit l’aspect autobiographique du livre grâce à des thèmes récurrents comme la recherche du sens de la vie ou la philosophie orientale, par exemple. Malgré qu’il date de près d’un siècle, les angoisses du protagoniste m’ont rejoins à un moment de ma vie où j’en avait besoin. Sentant la préparation d’une nouvelle guerre (11 ans avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale!), l’auteur aborde le sentiment de culpabilité face à la montée rapide des armes et la déshumanisation de notre existence. Je pense que les propos que Mozart adresse au Loup des steppes dans son voyage au théâtre à la fin du roman permettent de clore bien adéquatement le sujet.