A review by riduidel
Nexus, by Ramez Naam

1.0

J'ai un avis trop mitigé sur ce roman pour que ce soit bon signe, et je vais vous expliquer pourquoi.
Il raconte l'histoire d'un jeune chercheur américain qui perfectionne une drogue de synthèse pour en faire un authentique outil d'augmentation de l'esprit permettant la télépathie, le contrôle corporel total, et tout un tas de trucs chouettes. Seulement, en 2040 (l'époque théorique de ce récit), de telles recherches et augmentations sont interdites par l'état américain. Et cette interdiction est soutenue par l'ERD, une agence gouvernementale qui peut enquêter, condamner et emprisonner sans procès, et avec des jugements secrets. Donc ce chercheur est dans la merde. Coup de bol, il est assez intéressant pour s'en sortir. S'en suivent courses-poursuites, scènes de combat de rue, complots politiques rocambolesques et conduites inattendues dans le posthumanisme le plus total.
La première chose à noter, c'est que j'ai lu ce roman assez rapidement, parce que l'auteur use et abuse des méthodes du page turner le plus féroce : de l'action toutes les dix pages, quelques cliffhangers habilement semés, des retournements de situation inattendues, bref, tout ce qu'il faut pour scotcher le lecteur. C'est habilement fait, même si la mécanique est un peu trop visible. Ce qui est également très visible, c'est qu'on est clairement dans le monde du techno-thriller d'anticipation à gros moyens et faible profondeur intellectuelle.
Du coup, ce qui saute assez vite aux yeux, c'est la grossièreté des moyens employés. En effet, l'agence gouvernementale est dirigée par un soldat qui applique le règlement à la lettre, avec un mépris évident pour la vie de tous et chacun. Dans le même ordre d'idée, son meilleur agent a un passé compliqué qui résonne très exactement avec l'intrigue en cours (et a des sentiments très ambivalents sur l'augmentation humaine). Le personnage principal veut évidement la dissémination de cette drogue/augmentation permanente, parce que ses principes lui disent que plus de gens qui communiquent, c'est mieux. Les chinois et autres asiatiques sont évidement fourbes et incompréhensibles, alors même qu'une majeure partie du roman se passe dans cette partie du monde. Et enfin, le monde entier est vu de la fenêtre américaine. Ca donne parfois au roman un côté didactique assez désagréable.
Surtout que ce didactisme ne tient pas seulement à l'évocation des personnages, mais aussi au fond idéologique (ben oui, nous dire qu'un auteur qui écrit sur l'augmentation humaine a bossé chez Microsoft en fait, avec mes lunettes, un représentant typique de la Silicon Valley transhumaniste). Parce que ce roman en a un. Vous me direz que c'est normal et vous aurez raison. Mais j'ai malheureusement l'habitude de lire des oeuvres un peu plus nuancées dans la présentation des différentes factions en présence. Dans ce roman, ça n'est pas le cas : les partisans de l'augmentation humaine sont d'autant plus sympathiques qu'ils en ont une vision démocratique, et les opposants à cette augmentation sont globalement vus comme des crétins arriérés ne désirant que la stagnation intellectuelle. C'est pathétiquement triste.
Alors certes, il y a de beaux décors, et une vision du décor et des personnages assez dynamiques. Mais c'est normal pour un roman dont les droits cinéma ont déja été vendus, et dont certains chapitres particulièrement putassiers ont sans doute été écrits dans le but explicite de créer de belles images à l'écran (c'est le cas de la scène d'intro et de cette visite au marché clandestin des augmentations). D'ailleurs, c'est limite si l'auteur n'utilise pas parfois le vocabulaire du cinéma pour nous faire entrer dans une scène. Et franchement, moi, vouloir à ce point me mettre des images dans la tête, au bout d'un moment, ça me gonfle.
Avec tout ça, que reste-t-il à sauver ?
Je me rends compte en terminant cette critique que je n'ai pas envie de sauver quoi que ce soit de cette oeuvre à la technique correcte, mais au fond idéologique désastreusement clair. Et je ne lis pas de fiction pour qu'on m'impose une façon de penser, bien au contraire. Je suis déja trop transhumaniste dans ma tête pour qu'on me dise que c'est une bonne idée. J'aurais sans doute préféré voir les choses avec un point de vue opposé intelligent (je pense par exemple à celui qu'on peut trouver dans ... l'ocumène d'or où il ne faut pas conquérir les étoiles, parce que ça apportera la guerre entre les hommes de façon sûre). Mais malheureusement, cet auteur semble penser qu'en 2017, reprendre les codes ddu cyberpunk pour nous vendre du cerveau augmenté est une idée révolutionnaire et/ou intelligente. C'est triste, dommage, et inutile.